Des églises "IKEA". Les usines d'évêques à faire soi-même ?
Réfutation par un sédévacantiste :Or c'est précisément ce que je conteste.
Je crois à la primauté de Pierre. Je crois au dogme défini par le concile Vatican I. Je crois que le pape est la règle prochaine de la foi et qu'il est établi par Dieu pour confirmer ses frères dans la foi catholique.
Mais c'est justement parce que je crois à ce dogme que je ne peux reconnaître comme véritable pape un homme qui enseigne publiquement des doctrines que je considère contraires au magistère constant de l'Église.
Vous m'accusez de fabriquer ma propre Église.
J'y vois une profonde injustice. Je n'ai créé ni une nouvelle doctrine, ni une nouvelle liturgie, ni une nouvelle théologie. Je m'efforce simplement de conserver ce que l'Église catholique a toujours enseigné avant Vatican II.
Ceux qui ont introduit des nouveautés en matière de liberté religieuse, d'œcuménisme, de collégialité ou de liturgie ne sont pas les sédévacantistes. Ce sont les autorités conciliaires.
Vous affirmez que les progressistes et les intégristes commettent la même faute en rejetant le pape.
Je ne rejette pourtant pas la papauté. Je refuse seulement d'identifier la papauté à ceux qui, selon moi, ont perdu toute légitimité en professant des erreurs incompatibles avec la foi catholique. Ce n'est pas la fonction que je conteste ; c'est l'identité de ceux qui prétendent l'exercer.
Vous reprochez aux évêques sédévacantistes leurs consécrations.
Mais que devrions-nous faire, selon vous ? Laisser disparaître le sacerdoce catholique, les sacrements traditionnels et la succession apostolique sous prétexte qu'il n'existerait plus aucune autorité capable de les transmettre ?
L'Église a toujours enseigné que le salut des âmes est la loi suprême. Dans une situation extraordinaire, des mesures extraordinaires deviennent moralement légitimes pour préserver la foi et les sacrements.
Vous présentez la Fraternité Saint-Pie X comme l'origine du problème.
À mes yeux, c'est une erreur historique. La crise ouverte et pleinement visible ne commence pas avec les consécrations de 1988. Elle commence avec Vatican II et les réformes qui ont suivi. Les consécrations de Mgr Lefebvre, comme celles réalisées ensuite par d'autres évêques traditionalistes, ne sont que les conséquences d'une crise déjà installée et qui a éclaté avec Vatican II.
Vous affirmez que Vatican II a voulu libérer les consciences d'un système coercitif.
Peut-être. Mais je constate surtout que cette prétendue ouverture a produit une désintégration doctrinale, une chute spectaculaire de la pratique religieuse, un effondrement des vocations, la fermeture de milliers de paroisses et une confusion doctrinale sans précédent.
On me répondra que la société a changé. Sans doute. Mais précisément, la mission de l'Église n'était-elle pas de résister à l'esprit du monde plutôt que de chercher à dialoguer avec lui au risque de brouiller son propre témoignage ?
Je trouve également votre conclusion paradoxale.
Pendant tout votre texte, vous affirmez que l'unité visible autour de Pierre est indispensable. Puis vous terminez en invitant les fidèles à revenir à une relation directe avec le Christ, presque indépendamment des médiations ecclésiales.
Si cette relation personnelle suffit, pourquoi condamner ceux qui cherchent avant tout à conserver la foi transmise par les Apôtres lorsque les autorités visibles leur paraissent la compromettre ?
Vous voyez dans le sédévacantisme une attaque contre l'Église.
J'y vois, au contraire, un acte de fidélité. Je ne prétends pas avoir fondé une nouvelle Église. Je crois appartenir à la même Église catholique que celle des Apôtres, des Pères, du concile de Trente et de Vatican I.
Je pense simplement que l'Église traverse aujourd'hui une crise sans précédent, dans laquelle le Siège apostolique est vacant parce que ceux qui semblent l'occuper ne professent plus intégralement la foi catholique.
Vous m'accusez de rompre l'unité.
Mais quelle unité me demandez-vous de préserver ? Une unité fondée sur des doctrines qui, selon moi, contredisent le magistère antérieur ? Une unité qui exigerait de mettre entre parenthèses des enseignements définis comme immuables ?
L'unité catholique ne peut exister qu'autour de la vérité. Si la vérité est sacrifiée au nom de l'unité, alors cette unité n'est plus qu'une apparence.
Je préfère être accusé de désobéissance par des traîtres que de devoir trahir la foi reçue des générations qui m'ont précédé. Si un jour Dieu me montre que je me suis trompé, je m'inclinerai humblement. Mais tant que ma conscience, éclairée par ce que je crois être le magistère constant de l'Église, me persuade que les réformes conciliaires sont incompatibles avec la Tradition catholique, je ne puis agir autrement.